Les dieux du Stead

Photo de Sidney Vienne

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Photo de Yann Laléouse

Photo de Yann Laléouse

Photo de Yann Lelalouse

Photo de Yann Laléouse

Photo de Sidney Vienne

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Steadi Camp en Bretagne

Saint Thual, petite bourgade à 30 km de Rennes, a accueilli dans la ferme artistique les Pratos une formation audiovisuelle intitulée « Initiation au Steadicam ». Organisée par les Films en Bretagne et Arestud,   j’ai bénéficié avec neuf autres personnes d’une aide à cette formation d’une semaine. Au milieu de champs et de quelques fermes, au bout d’une étroite route de campagne boueuse, réside un vaste espace de création géré par des artistes et une compagnie de théâtre. Lumière basse et rasante, rayons de soleils épars sur les feuillages orangés de pommiers, la campagne bretonne en cette fin de novembre prend parfois l’allure d’un brouillard épais.

A côté d’un hangar agricole, d’étranges silhouettes portant deux machines sur les épaules s’agitent. Ce sont les dix participants de la formation encadrés par deux steadicamers d’exception : Emmanuel Loiseaux  et Jacques Monge. Ils nous ont fait découvrir cette machine créée dans les années 70 par un américain ingénieux, Garett Brown.

La caméra repose sur une tige articulée autour d’un bras métallique  muni de ressorts : un opérateur équipé d’une veste harnais supporte ce dispositif (lourd). Cette manière de filmer « portée » a changé l’approche de l’image, de la mise en scène en créant un mouvement fluide, quasi aérien pour filmer notamment des déplacements.

Parmi les cinéastes qui ont expérimenté, usé voire parfois abusé de cette technique, figurent de « grands maîtres » du 7ème art: De Kubrick (« Shining »- l’un des premiers usages historiques du steadicam) à Brian de Palma ( « Snake Eyes », plan culte du début du film) en passant par Terence Malick ou Bela Tarr  ( « Le cheval du Turin »), tous ont apprécié ce « troisième œil ».

Des films et des hommes

Derrière la transmission des techniques, il y a des expériences de tournage, des récits de personnages (Jacques et Emmanuel) et des apprentis cinéastes ou steadicamers.  Unique femme de la formation, j’ai pu apprécié la délicatesse de mes collègues, peu matchos et  très marrants : les blagues à l’humour parfois bien graveleux prenaient place avec les bouteilles d’alcool dégluties , c’est-à-dire plutôt en soirée: leurs breuvages alimentaient leur créativité…

L’idée de Jacques : créer notamment un calendrier intitulé « les dieux du stead ». Le principe est simple : poser à poil…comme avaient fait les rugbymen de l’équipe du Quinze de France. Jacques nous décrit les photos qu’il imagine: il me voit d’abord face puis de dos nu …avec la veste harnais. Pudique, je casse directement son délire.

– De dos ou de face, désolée Jacques, je ne le ferai pas…
–  Ola ! T’es pas drôle dis donc !!! C’est juste le haut. On verra rien!
– Je ne suis pas venue pour faire la branquignolle ?!!!Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’être derrière la caméra et pas de me montrer…sinon j’aurais fait actrice !!!

Jacques n’a pas l’air de m’entendre. Il se lève et imite la posture.

– La source lumière serait par là. ( en montrant un angle de la pièce). On devrait faire ça pour décembre…

Le cinéma et l’audiovisuel changent peu à peu et se féminisent ; nous restons néanmoins une minorité. L’épreuve du stead est physique.  J’étais donc contente de ne pas être seule à peiner avec le steadicam : comme moi, j’ai vu aussi mes collègues galérer avec l’engin et « tout le bazar ». Transpirations et efforts musculaires ont été de la partie…Je passerai la description des odeurs !

Anecdotes de tournage,  visionnages d’extraits de films : regards aiguisés sur des plans séquences en cinéma qui ne sont en fait pas tournées en continu. Les discussions passionnées s’échangent autour du feu de cheminée dans les fins de journée et prolongent notre apprentissage.

Le steadicam ou l’œil du chat

« Pour maitriser vraiment le stead, cela m’a pris quatre à cinq ans » nous racontait Jacques Monge. C’est l’un des premiers à avoir introduit l’usage de la machine en France. La filmographie de Jacques ? « La Haine » de M. Kassovitz, « le Grand Bleu « de Luc Besson, des films d’Olivier Assayas…Autant dire qu’il sait de quoi il parle, d’autant plus qu’il s’est formé aussi aux Etats-Unis, auprès du créateur même de la machine et de ses utilisateurs les plus talentueux ( Garett Brown, Larry Maconkey, steadicamer de Martin Scorses, Brian de Palma, etc…).

En gros, pour savoir manipuler cette machine, la pratique est indispensable. Problème : le matériel à louer ou à acheter est excessivement cher. Comment faire ? La débrouille…

Parce qu’une fois que vous arrivez à porter l’ensemble de « tout le bazar », cela pèse entre 15 et 30 KG…et il faut créer de la souplesse et un mouvement fluide…en théorie! En pratique, au début on essaie de ne pas se cogner avec les contrepoids ( le steadicam, c’est une histoire d’équilibre avant tout !), d’éviter de se prendre les marches que montent notre acteur tout en le gardant dans le cadre…et en le suivant !!! Bref, le steadicam, c’est toute une aventure…technique et humaine, une rencontre forte; très forte.

Merci pour ces jours partagés…

 

Photo de Yann Lelaouse

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Photo de Sidney Vienne

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Réalisatrice et photographe, j'ai une existence semi-nomadique : je suis souvent de passage...

2 réflexions sur “Les dieux du Stead

  1. Hey !! Trop contente de te lire et du coup, tu m’as rappelé mon stage de steady à Berlin. Et ouais… une affaire physique. Moi, je préfère la caméra épaule. Quant aux dieux du steady, je ne sais pas si à la fin ils ont tous posé à poil, mais il y a aussi LE plan célèbre de L’arche Russe, d’Alexandre Sokourov (2002) un film tout entier tourné en un plan séquence de 96 min. ! Je pense que le gars a dû passer quelques jours à s’en remettre. La petite anecdote de ce tournage, le plus court de l’histoire, est sur Wikipédia, super intéressante. Mille bisous, Sista Gui.

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