TABASKI A ABIDJAN

Une agitation mesurée

Abidjan est étrangement calme en ce début de semaine. La circulation est fluide, le pont Charles De Gaulle – habituellement très engorgé- accueille les rares voitures qui le traversent avec aisance.

Mardi 15 octobre, c’est la Tabaski , l’Aid El Kebir (ou Aid al-Adha), fête musulmane et jour férié en Côte d’Ivoire.

La veille au soir, dans le taxi que je prenais à Angré pour rentrer à Biétry, le chauffeur se plaignait du tarif négocié et de l’état du trafic :

Hey Maman ! Y’a des embouteillages… et les temps sont duuuuurs. Les moutons coûtent cher ! Très cher ! ». Il n’a pas acheté encore sa biquette mais il ira demain à Port Boué pour en trouver une… Je lui dis que je vais lui porter la baraka et que la Tabaski est la fête du pardon. «  Pardonne moi. …et puis, tu verras, on n’aura pas d’embouteillages !

Dans les voies de travaux qui longent le gros chantier du troisième pont en construction, on  se faufile : il était 20H00 passé.

Imprévus

Je suis de passage à Abidjan pour un travail : tous mes collègues m’on invité à venir fêter la Tabaski, les chrétiens compris. Et me voilà, j’arrive chez Moussa et Fanta. On sert à manger un mouton en sauce, des alocos…Ca rit, ça blague. Je ne comprends pas trop le Nouchi…beaucoup de mots m’échappent. Il s’agit notamment d’histoires d’amour et de tromperies. L’un des convives nous explique que l’infidélité masculine, ben c’est normal.

– Nous, les hommes, c’est comme ça. …C’est plus fort que nous !

– Et si ta femme , elle fait comme toi, ça ne pose pas de problème ?

– Ah ! Non ! C’est pas possible du tout ça !!! Là ça va pas…je la corrige !!!

– Quoi ???!

Il rigole mais en même temps, je ne le sens pas si blagueur sur cette question.

Je regarde et interroge les femmes autour de la table.

–       Tu sais, si on va au commissariat même avec les dents toutes cassées et le visage ensanglanté…ils te disent rentre chez toi ! C’est affaire personnelle : ça se règle à la maison…C’est pas comme cela chez vous, hein !?

–       C’est vrai, il y a des droits et des lois qui protègent la femme, mais une femme meurt chaque jour sous les coups de son conjoint.

–       Ah Bon ?! »

Un frisson me traverse…La conversation reprend son cours. On rigole à nouveau.

Moussa devait aller en Zone 4,  mais bon de causerie en blague, je l’attends pendant trente minutes devant le portail de la maison. Il organise le soir même une soirée Reggae…Une petite camionnette chargée de chaises en plastique déboule. C’est Lamine. Finalement, je repars avec lui. On fait attention au virage…avec les chaises empilées, notre voiture ressemble à une pyramide qui tangue.

Je suis là, de passage ; mais pas comme les chauves-souris. Elles migrent chaque jour du Plateau à la Riviera vers 17H. Des milliers de chauve souris…Étonnant. Chaque jour, le même trajet.

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passage
Réalisatrice et photographe, j'ai une existence semi-nomadique : je suis souvent de passage...

3 réflexions sur “TABASKI A ABIDJAN

  1. Merci Marthe pour toutes ces belles photos et ces beaux textes ce que tu nous donnes à voir et à lire. J’en ai pris plein les yeux et les oreilles : des lumières, des visages et des informations très intéressantes aussi. Je suis heureuse de pouvoir suivre tes pérégrinations via mondoblog désormais et très heureuse de pouvoir te voir pendant cette présente escale parisienne. xx Laura

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